« Les yeux fertiles », Paul Eluard
Dans mes créations, je cherche à révéler la poésie discrète du quotidien, mais aussi à donner forme à ce qui demeure enfoui dans le silence. Matières et couleurs deviennent alors les voies d’expression d’une parole contenue, qui ne peut se dire autrement.
Artiste et enseignante de lettres modernes, j’explore les résonances entre le texte et l’image, la manière dont ils dialoguent, s’éclairent et se révèlent mutuellement.
Que votre prochaine aventure commence
Bienvenue dans mon univers.
Je dis : une fleur ! et, hors de l’oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d’autre que les calices sus, musicalement se lève, idée même et suave, l’absente de tous bouquets
Je dis : une fleur ! et, hors de l’oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d’autre que les calices sus, musicalement se lève, idée même et suave, l’absente de tous bouquets
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Je dis : une fleur ! et, hors de l’oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d’autre que les calices sus, musicalement se lève, idée même et suave, l’absente de tous bouquets Je dis : une fleur ! et, hors de l’oubli où ma voix relègue aucun contour, en tant que quelque chose d’autre que les calices sus, musicalement se lève, idée même et suave, l’absente de tous bouquets 〰️
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PROJETS EN COURS« Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles :
Homme, vers toi je pousse, ô cher déshérité,
Sous ma prison de verre et mes cires
Vermeilles
Un chant plein de lumière et de fraternité » Baudelaire
Femmes très intérieures
Nous, Jeunes-Vieilles
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Nous, Jeunes-Vieilles 〰️
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Quand j’étais petite, je pensais qu’elle s’appelait Jeune-Vieille. Le paradoxe de son prénom me laissait perplexe, j’ai mis un certain temps, -environ sept ans-, à lever son ambiguïté. Je voudrais sentir son pull cachemire ; et sa douleur, l'apaiser. Mais Geneviève habite à l'autre bout de l'hexagone, au bord d'une plage de Normandie. Me revient souvent cette image d’elle, l’échine un peu courbée, dans le sellier à plumer les poulets.
Elle chantait du Barbara ou du Jacques Brel.
Je comprenais déjà, petite, ce langage de l’échine courbée.
Et puis, le courage invisible, discret, attendu, passant presque inaperçu. Un courage du quotidien.Depuis son AVC, ce n’est plus vraiment Geneviève. C’est une autre personne, que j’aime tout autant, mais avec qui je ne peux discuter de la même façon.
Sa douleur est sans trêve et la rend bilieuse. « Je ne sers plus à rien », elle me dit un jour. « Tu ne sers plus personne », j’avais corrigé.
Sous ses paupières, de petites ombres se creusent au fil des jours. Ses yeux vitreux qui ne voient presque plus disent toute la panique d’y voir flou, du brouillard dans lequel on l’a laissée. Ils ont pris la teinte mauve - gris du crépuscule, couleur incertaine, mélange de jour et de nuit.Son corps s’est étendu comme pour crier, de toutes ses forces, de tout son long, qu’il ne veut pas partir, sa masse a doublé ; elle qui, toute sa vie, a cherché à se faire aussi petite qu’une petite souris, à répondre docilement à ce qu’on attendait d’elle, dans des gestes véloces, gracieux, polis et discrets, elle s’impose désormais. Rester là. Vivante. Impolie ou discourtoise si elle veut.
Calfeutrée dans le silence immobile d’une maison blanche, chaque jour menacée par l’ultime bataille, perdue d’avance, elle écoute parfois de la musique classique et seulement dans ces moments, semble oublier cette question qui la hante, la torture, la ronge : quand.Mamie, Je voudrais que tu trouves le courage de sortir de chez toi, avec ce fichu fauteuil, que tu retrouves l’élan, l’envie. Que tu sentes les embruns, leur fraicheur, qu’ils réveillent un peu ta peau. Que tu contemples cette plage infinie de Normandie, à deux pas de ta maison, que tu te fiches des autres, du regard des autres. Enfin, que tu te libères de ce qui pèse. Ces violences qu’on s’inflige à soi : avoir honte de vieillir, avoir honte de sa condition. Quelle folie, mamie.
Que tu sentes le parfum de la mère.Le 8 décembre, jour de mon accouchement, je marmonne, une douleur indicible au creux du ventre, cette prière pour soi : « je veux voir maman ».
Silence.
Cris.
On pose ma toute petite fille sur ma poitrine, à quelques centimètres de mon visage.
Dans ses deux petites billes bleu nuit, miroite le cosmos tout entier, s’ouvre l’immensité.
Mon bébé à peine né semble déjà tout savoir.
Oublie-t-on au fil du temps ?
J’entrevois mes propres profondeurs. Ma part secrète, animale. Les médecins s’agitent autour de moi mais je n’y prête pas attention. Seuls comptent ses yeux dans lesquels je vois défiler ma vie entière, depuis les origines.
Immédiatement, je pense : un jour, mon enfant sera vieille et je ne serai plus là. Un jour, celle à qui j’ai donné la vie va mourir. Cette idée, aussi banale soit-elle, me hante encore.
Je pense à vous toutes, toutes les femmes qui nous ont précédées. Je vous vois toutes dans ces deux yeux là.Avons-nous une mémoire commune ?
Mamie, je sais que tu n’as pas eu la vie dont tu rêvais. Tu n’exprimais ce rêve, d’être chanteuse, qu’à demi-mot, comme s’il y avait une honte à cela. Rêver, t’a-t-on déjà permis de rêver ?
Pourtant, Mamie, tu as le droit de dire : je regrette.
Le droit de dire : je n’étais pas vraiment heureuse dans mon rôle de femme, de mère au foyer.
Le droit de dire : je me suis même emmerdée à mourir.
Cela ne diminuera pas notre amour pour toi.
Enfin, je viens te rendre visite pour te présenter mon enfant. Tu pleures, de joie et de plein d’autres choses, en la rencontrant. A la fin du déjeuner, je dis : on va prendre le café sur la digue ? Tu relèves difficilement la tête et tu souris. Je comprends qu’enfin, tu acceptes de sortir. Après trois ans d’enfermement, tu vas enfin sortir. Je m’empare de l’un de tes foulards que j’installe sur tes cheveux épars, petite coquetterie que tu as toujours eue.Ma grand-mère s’appelle Geneviève.
Quand j’étais petite, je pensais qu’elle s’appelait Jeune-Vieille. Le paradoxe de son prénom me laissait perplexe, j’ai mis un certain temps, -environ sept ans-, à lever son ambiguïté. Je voudrais sentir son pull cachemire ; et sa douleur, l'apaiser. Mais Geneviève habite à l'autre bout de l'hexagone, au bord d'une plage de Normandie.
UNE VOIX SOUS LA TERRE
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La terre contient les mémoires accumulées que le ciel tait. Elle seule sait ce que nous avons oublié. Maddy gratte de ses doigts, de ses yeux rougis, la terre gorgée de larmes pour y exhumer un morceau d'elle, jeté là.
C’est la terre, peut-être, toute la terre amassée au fil des années qui étouffe la voix.
Eux qui marchent au-dessus d’elle, entendent-ils le souffle, à peine audible, peut-être si ténu qu’ils s'interrogent : avons-nous bien entendu ?
Quel que soit le temps que ça lui prendra, un matin, va sourdre de la terre, une voix, profonde, minérale, une voix de source claire. On percevra d’abord un souffle. Une faible respiration.
Il n’y aura pas de mot.
Au commencement, sera le cri. Ne pas avoir peur de crier. Ne pas avoir peur d’hurler.
Le cri sera strident : ce ne sera pas un cri d’agonie, mais un cri pour s’assurer qu’elle, Maddy, est encore vivante.
La voix tue jaillira comme le feu d’un volcan.
Albums jeunesse
Que votre prochaine aventure commence
MAMIE - MOUSTACHE
Tout le monde dit que Mamie Mous’ a perdu sa boule. Mais moi, je sais exactement où elle se trouve : dans un espace très intérieur.